Allocution de Dominique De Villepin, Ministre des Affaires Etrangères, lors de l'installation officielle du Conseil International de la Ville de Marseille, le 2 décembre 2002 :
Monsieur le Maire, cher Jean-Claude, Cher Renaud, Monsieur l'adjoint au Maire, chargé des relations internationales, Mesdames, Messieurs les Consuls, Messieurs les Présidents, Mesdames, Messieurs, Je l'ai déjà dit ce matin devant les étudiants de l'Ecole Supérieure de Commerce et de l'Institut d'Etudes Politiques, quel bonheur pour moi d'être parmi vous, ici, à Marseille, au moment où votre ville donne un nouveau souffle à son rayonnement international ! Je me réjouis profondément de l'installation du Conseil International. Parce que c'est l'accomplissement d'une vocation jamais démentie par l'histoire. Parce que c'est une chance pour votre ville. Parce que, enfin, c'est une chance pour la France et pour l'Europe. Cela fait maintenant près de trois millénaires que Marseille affirme sa vocation à l'ouverture et aux échanges ! Dès l'arrivée des premiers marins qui choisirent cette calanque abritée du vent pour mieux repartir à l'aventure vers les rives lointaines, Marseille fût un comptoir prospère où l'huile grecque, le bronze et la terre cuite s'échangeaient dans la paix et l'effervescence du soleil méditerranéen. Porte de l'Europe pour l'Orient, Massalia devint rapidement une porte de l'Orient pour le Nord, tant ses relations avec l'intérieur de la Gaule étaient fructueuses. Lieu de passage d'hommes de toute provenance épris d'aventure et de commerce, Marseille fut aussi le carrefour des grands courants spirituels qui marquent notre histoire : lorsque le moine syrien Saint Cassien y fonde l'abbaye de Saint-Victor, c'est en homme des deux rives qu'il ouvre les portes de la Gaule au christianisme. Et du Vieux port aux mille parfums exotiques, aux mille couleurs, où bruissent toujours les échos de mille langues, combien embarquèrent à l'appel du grand large, de Pithéas parvenu aux confins arctiques à Marius fasciné par les terres du Sud ? Les autres restèrent aux bords du Lacydon car, comme l'écrit Suarès, « celui qui vit à Marseille n'a pas besoin de partir, il vit déjà ailleurs ». Toujours indépendante, souvent rebelle, toujours assoiffée de lumière et de liberté, Marseille ne fut jamais prisonnière, ni des collines qui l'entourent ni des Empires. Résistante, fougueuse et volontaire, Marseille se releva de toutes les épreuves. Aujourd'hui, elle est un port d'attache ou de passage, une ville qui a su ouvrir les bras à ceux qui fuyaient la persécution ou la pauvreté. Une ville au sein de laquelle catholiques, protestants, juifs, musulmans et athées se retrouvent et se respectent. Une ville exubérante et généreuse, mais affective et pudique, déchiffrable uniquement pour qui sait prendre le risque d'aller au-delà des préjugés et des apparences. Située au carrefour de l'axe méditerranéen, sur le tracé antique de la via Appia reliant l'Espagne et l'Italie, et de l'axe rhodanien qui ouvre sur l'Europe du Nord, Marseille connaît aujourd'hui le renouveau. Grâce à une municipalité dynamique et ambitieuse, la ville se transforme et embellit, construit et invente les chemins de l'avenir. La créativité de ses technopoles et de ses friches industrielles, l'effervescence culturelle de ses quartiers, s'animent encore davantage avec le projet Euromediterranée, phare de ces nouvelles métamorphoses. La politique municipale, qui fait du développement des relations internationales une priorité, marque d'un nouvel élan une vocation profondément ancrée dans la chair de votre ville. Car cette ouverture est un atout, dans un monde marqué par l'interdépendance, où les frontières des Etats ne délimitent plus les contours des ambitions et des devoirs des peuples. Ainsi Marseille est-elle en harmonie tant avec elle-même qu'avec le nouvel âge de notre monde, où le dialogue, le partage et la solidarité forment le socle de l'avenir de tous. Mettant en synergie l'ensemble des forces vives de votre ville, le Conseil International de la ville de Marseille fédèrera un mouvement dont l'ampleur va croissante depuis quelques années : des Assises de la Méditerranée au Forum Civil Méditerranéen ou à la quatrième Conférence ministérielle du processus de Barcelone, votre ville a témoigné de sa capacité à accueillir le souffle de l'étranger, à devenir une capitale de la Méditerranée et de l'Europe du Sud. Poursuivez dans cette voie, car c'est l'occasion de démultiplier les capacités économiques remarquables d'une ville dont la Chambre de Commerce est la plus ancienne du monde et l'une des plus actives. Les retombées économiques, sociales et culturelles du Conseil International seront considérables, et Marseille mérite cet avenir par son audace, ses efforts et son énergie incomparables. C'est une chance pour la France que de compter parmi ses grandes métropoles une ville qui prend en main son destin et développe, avec l'Europe entière, avec le Maghreb, le Moyen-Orient, l'Afrique, mais aussi l'Amérique et la Chine, un dialogue approfondi, des coopérations fructueuses, une solidarité renouvelée. C'est une chance enfin pour l'Europe, qui ne doit pas se détourner du Sud au moment où elle s'élargit à l'Est, faute de quoi elle perdrait son âme au moment de retrouver son unité. Vous le savez, l'équilibre entre les différentes inspirations de l'Europe repose sur le dynamisme de chacune d'elles. Oeuvrez sans relâche à faire entendre votre voix, car elle porte en elle la richesse de notre héritage méditerranéen et de notre diversité culturelle. C'est pourquoi je souhaite longue et heureuse vie au Conseil International, et au rayonnement de Marseille dans le monde. Je vous remercie.
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